C'est ce jeudi, � 17 heures, que s'ouvrira � Essaouira, dans une ambiance conviviale et populaire, la 9e �dition du Festival Gnaoua, musiques du monde. Edition originale, c'est le cas de le dire parce qu'elle se caract�rise par une richesse exceptionnelle en termes de programmes, de styles et de fusions.
L'�dition 2006, autant l'affirmer d'entr�e de jeu, est � la fois une continuit� et une r�novation. Elle est cependant totalement diff�rente, tant la mise en place � la fois des concerts, des groupes, disons des spectacles ob�it � une volont� des organisateurs d'offrir aux m�lomanes et aux fid�les des s�quences o� l'all�gresse et l'enchantement s'accompagnent de la d�couverte et de l'exploration initiatique.
Car, � Essaouira, on est constamment en d�couverte, l'�il riv� sur des groupes de world music, de jazz, et surtout sur les 22 grands m�alems qui ont donn� ses lettres de noblesse � l'irr�sistible musique gnaouie, et qui seront relay�s par leurs fils nombreux, v�ritables continuateurs d'une tradition universelle d�sormais ancr�e dans le subconscient.
L'exceptionnalit� de l'�dition 2006 tient d'abord au choix judicieux et riche des musiciens et artistes, soit quelque 300 talents repr�sentant les courants et les genres divers, au fait aussi que le grand jazz, en provenance de l'Am�rique qui en est le berceau, constituera l'une des plus fortes s�quences du festival, qu'ensuite celui-ci sera marqu� par une fusion exceptionnelle de tous les musiciens et des genres : le Pakistan avec l'ensemble qawali Mehr et Sher Ali, l'Afrique avec le joueur du koro guin�en Ba Cissoko et le Balafon de Ali Keita l'Ivoirien, l'Afrique encore avec Y�y� Kant� du Mali, le Br�sil avec Z� Luis Nasciento et Tito Robin, l'Italie ou l'Europe avec le quatuor de Stefano Di Battista� On n'oubliera pas non plus le groupe Pat Metheny, le guitariste Corey Harris qui fera la synth�se des genres.
Sur fond d'une �motion qui ne cesse de s'amplifier et d'enchanter les foules, le brassage musical est devenu une cl�, une v�ritable voie d'acc�s � la pl�nitude et, au-del�, � cet universalisme transcendantal dont le Festival d'Essaouira est chaque ann�e porteur et d�positaire.
La cl�ture de cette �dition r�unira comme � l'accoutum�e une foule nombreuse, � coup s�r, parce que Rachid Taha, celui par qui le m�tissage musical et culturel s'est renforc�, figure embl�matique du groupe �Carte de s�jour�, incarnation de cette Alg�rie qui nous est proche, donnera le ton d'un festival o� �merge une conscience de partage, d'unit� et de fraternit�. V�ritable apoth�ose de l'inventivit� et du rythme, voix de stentor qui portera au-del� des remparts. Jamais, peut-�tre, le concept de m�tissage n'aura autant et dignement m�rit� son nom qu'� Essaouira o� la musique, d�ploy�e � grands vents, joue le r�le de vecteur et de f�d�rateur.
La revue � Vibration�, dans son num�ro de juin 2006 souligne que �plus que n'importe quel autre rendez-vous estampill� �rencontre culturelle, le festival se fait entremetteur et met en vis-�-vis la tradition musicale gnaoua et les porteurs de l'�tendard multicolore des musiques occidentales.
La confr�rie marocaine sera bel et bien repr�sent�e et ses rites musicaux, tout autant initiatiques et th�rapeutiques, seront distill�s par des virtuoses qui se tiennent � l'intersection des influences africaines et arabo-berb�res��. Pour sa part � Les Inrockuptibles�, revue culte des m�lomanes s'il en est, ne tarit pas d'�loges sur la dimension d'un festival qui �est depuis huit ans un lieu de f�te mais aussi un des rares espaces de rencontres qui soit � la hauteur d'une �volution tendant � la d�couverte d'expressions musicales toujours plus nombreuses et in�dites comme � leur inscription sur le plan universel.
Il y a enfin la dimension mystique et rituelle qui, bien qu'elle se soit un peu effac�e derri�re la r�alit� spectaculaire de l'�v�nement, n'en demeure pas moins pr�sente et constitue une denr�e recherch�e en ces temps orphelins de toute transcendance��.
De tels t�moignages, livr�s par des plumes de professionnels, attestent d'une �vidence : le Festival d'Essaouira atteint la dimension universelle, il devient le rassemblement d'une culture et d'un lieu d'une spiritualit� nouvelle, celle qui inspire et guide les nouvelles g�n�rations en qu�te de sublime et porteuses d'id�aux comme la solidarit� et le partage.
Pat Metheny, virtuose de la guitare de renomm�e mondiale, n'avait pas de mots assez forts pour exprimer son �motion : �A Essaouira, dit-il, je viens partager, je viens apprendre et je viens pour dire mon humilit�, le respect que m'inspirent le patrimoine et la richesse de la culture gnaouie��. Il n'est pas meilleur hommage � nos m�alems que la parole spontan�e d'un musicien sinc�re, se refusant � toute grandiloquence et qui dit simplement son admiration pour eux, dit son attachement � un patrimoine incarn� par une ville aujourd'hui hiss�e, � force, au rang d'une cit� ath�nienne ! Sans eux, bien s�r, le Festival d'Essaouira n'aurait pas sa raison d'�tre et sans celui-ci, les m�alems seraient demeur�s confin�s � un art � la limite de la confidentialit� et de l'�litisme.
Les organisateurs, dont notamment l'Association Essaouira�Mogador, la province avec � sa t�te le gouverneur, le Conseil de la ville, l'Agence A3 Communication, la soci�t� civile, les op�rateurs �conomiques et les fid�les partenaires en sponsoring y mettent chaque fois du leur, dans un mouvement de mobilisation o� la complicit� est efficace, o� le souci essentiel est surtout de relever le challenge d'une �dition � l'autre. Pari tenu parce que de l'une � l'autre, le Festival franchit des �tapes et affermit son succ�s populaire.
Parce qu'aussi cette ann�e, le r�pertoire de la musique et de la magie pour ainsi dire est renouvel� tout en reposant sur le socle gnaoui, parce que l'�motion �� la mesure d'un programme dense et diversifi� sera encore plus forte et plus amplifi�e�
Hassan Alaoui | LE MATIN