Octobre 1957 - La ville de Ksar-�s-Souk, rebaptis�e Errachidia depuis, �tait domin�e par une sorte de citadelle, formant avec les salles de classe qui lui sont attenantes, l�unique coll�ge de la province.
Compos� d�un rez-de-chauss�e et de deux �tages abritant l�un le r�fectoire, l�autre l�internat, ce b�timent �norme, �mergeant au dessus d�un terrain l�g�rement inclin�, confine au coll�ge proprement dit. Ce dernier jouxte lui-m�me l��cole primaire, dress�e au bord de la route principale menant dans une direction vers Goulmima, et � l�oppos� vers Erfoud via le pont de l�Oued Ziz.
Le coll�ge qu�une rue s�pare de la caserne militaire est comme pris dans un �tau : entre les habitations du corps enseignant d�une part et, de l�autre, les terrains de sports attenants � l��cole primaire.
Ressemblant � un bloc de forme cubique, le coll�ge vu de loin renvoyait � l�observateur sa silhouette trapue. Pourvu d�une double rang�e de fen�tres, d�une extr�mit� � l�autre, ce b�timent s��l�ve tout ocre dans le ciel bleu, et surplombe du c�t� sud, les cantonnements occup�s par l�arm�e, et plus � l�ouest, la palmeraie �tal�e d�un trait comme une vaste t�che, d�une monotone couleur d�un vert sombre.
Derri�re le coll�ge, et contigu�s aux casernes militaires, d�innombrables parcelles de terres cultiv�es ou en jach�re, s��talaient sous le regard du vieux ch�teau d�eau priv� de son orgueil d�antan; ce r�servoir devenu inutile, toujours mont� sur ses quatre poteaux f�l�s, est laiss� � l�abandon depuis son remplacement par un autre beaucoup plus massif, d�une pro�minence titanesque, afin de r�pondre aux besoins d�une population qui ne cesse de cro�tre.
Edifi� sur le flanc d�une butte, cet �tablissement expose toujours sa fa�ade arri�re aux vents de sable venant du sud qui n�arr�tent pas de la tourmenter, apr�s avoir �t� charg�s de sable fin venant des plateaux au teint ambr� des alentours. Ces �tendues o� rien ne pousse, se prolongent jusqu�� l�horizon, pour aller se fondre dans la palmeraie de M�Daghra.
Quant � la fa�ade ant�rieure, si imposante, elle fait face � la ville aux toits en terrasse, �ternellement d�serts. Ce qui caract�rise cette vaste agglom�ration, �galement ocre, ce sont ses maisons basses, aux murs b�tis pour la plus part en pis�, mais souvent enduits de mortier. Cette cit� � l�air endormi est s�par�e en deux parties manifestement disproportionn�es par une tr�s longue art�re. A l�est : le quartier de Oued-Lahmar, un faubourg peu peupl� et sans gr�ce. Et un peu plus � gauche, le centre ville, limitrophe au Ksar de Targua. Seule la rue commer�ante, d�bouchant sur la grande place, est tr�s anim�e en fin de journ�e.
Des fen�tres du dortoir ouvrant sur cette grosse bourgade, les �l�ves se mettaient � leurs heures de solitude � contempler un paysage immuable et illimit�. Au premier regard, ils apercevaient tout proches, les terrains de sports, am�nag�s � deux pas de l��tablissement, et entour�s d�une petite muraille de protection, surmont�e d�une cl�ture faite de poutrelles superpos�es horizontalement et agglom�r�es les unes aux autres.
S�par�s par l�immense cour que s�appropriaient les �l�ves du primaire aux heures de r�cr�ation, le coll�ge et l��cole primaire s��tendent parall�lement l�un en face de l�autre. Leur jonction se fait par le vaste hall qui domine la cour. Ce large espace ne connaissait ses heures de gloire qu�une fois par an, les jours o� de bon matin on faisait l�appel des candidats venus des localit�s �loign�es pour passer l�examen du certificat d��tudes primaires ou le concours d�entr�e au coll�ge.
Les cinq salles formant le coll�ge avaient �t� construites, align�es le long d�un long couloir conduisant � la salle des professeurs, aux cabinets, puis au local du pr�pos� � l�administration, et enfin au bureau du chef de l��tablissement. Ce d�partement est situ� dans le palier dominant du haut de cinq marches l�espace r�serv� non aux �l�ves du coll�ge comme on devait s�y attendre, mais � ceux de l��cole primaire !
Ainsi, le bureau du directeur donnait sur la cour du Primaire, toute d�nud�e et sans arbres. Il n�y avait de v�g�tation que quelques fouillis de plantes au bas du perron sans rampe, conduisant au bureau du chef de l��tablissement secondaire. Ces buissons qui �taient entretenus par un jardinier qu�on ne voyait jamais, fleurissaient tardivement et fournissaient quelques roses de mai. On avait d� ramener ces plants du Dad�s, une petite vall�e r�put�e pour ses belles fleurs. Au printemps, ces roses �gayaient le voisinage du perron qui concourait � rendre agr�able l�entr�e officielle du b�timent abritant l�administration du coll�ge.
L��cole primaire �tait adoss�e comme par alliance au coll�ge. Pour faire exception � la s�paration organique entre les deux �tablissements, la salle de biblioth�que qui �tait r�serv�e exclusivement aux �l�ves du coll�ge, se trouvait de fa�on inconvenante dans l�aile r�serv�e aux classes du primaire. Ce qui semblait � mon sens un paradoxe g�ographique.
Les �l�ves du secondaire ne fr�quentaient que rarement la � cour des petits �. Ils �taient tenus de se cantonner dans le r�duit qui leur �tait r�serv�, situ� du c�t� des cuisines, au pied du grand b�timent contenant le dortoir ainsi que le r�fectoire et leurs d�pendances. Lorsqu�ils �taient amen�s � feuilleter un livre ou un cahier, les coll�giens se retiraient sous les grands eucalyptus qui d�limitaient la cour constituant leur domaine r�serv�.
De ma fen�tre du dortoir, je laissais voltiger mon �me dans l�air et promenais mon regard sur la ville. Je scrutais les rues qui prolif�raient entrecoup�es entre elles, suivant une rigueur g�om�trique mettant en relief des maisons toutes semblables par leurs toitures plates et nacr�es. Au milieu de cette toile gigantesque, se d�tachait dans le ciel bleu, l�unique minaret de la ville, surplombant la mosqu�e attenante � un terrain abandonn�. Dans ce lieu vague, des enfants de pi�tre allure s�adonnaient � leur jeu de billes quand ils sortaient de la m�dersa, qui du reste n�existe plus de nos jours.
Au fond du tableau, apparait le ch�teau d�eau de construction r�cente. Il �merge du sol de fa�on choquante par ses dimensions disproportionn�es et sa couleur d�un ocre mate. A la regarder, cette grosse tour remplie d�eau appara�t comme une colonne monumentale qui se d�tache du reste pour �craser par sa forme cylindrique et volumineuse le monticule sur lequel avaient �t� creus�s en bordure des nappes phr�atiques de l�Oued Ziz, les puits qui assurent, sans tarir, l�alimentation en eau potable d�une cit� de plus en plus assoiff�e.
Par le pass�, un fond de verdure apparaissait � la p�riph�rie de la ville. Il �tait accessible par des sentiers solitaires qui d�bouchaient sur des parcelles plant�es de palmiers et d�oliviers. Lorsque ces carr�s n��taient pas couverts de luzerne, leur physionomie brun�tre rappelait qu�ils �taient laiss�s en jach�re. Cette ceinture de verdure a fait maintenant l�objet d�un lotissement viabilis� o� s�est �rig�e en quelques ann�es une ville dans la ville, supplantant champs de luzerne, oliviers et palmiers dattiers.
A l�horizon, apparaissent les derniers confins du Haut Atlas, dress�s au loin, sans qu�ils servent de rempart contre la violence des aquilons venant du nord, ni contre les sables que charrient les vents arides du d�sert.
par Moulay Larbi RAJI
es petites traces Merci