Nich�e dans les montagnes du Haut-Atlas, la vaste oasis d�Errachidia, parmi les plus belles du sud marocain, est aujourd�hui menac�e par l�exploitation irraisonn�e des points d�eau qui lui donnent vie depuis des mill�naires.
Elle illustre la question de la gestion de l�eau dans le monde, qui sera l�un des th�mes abord�s lors du Sommet sur le d�veloppement durable Rio+20, pr�vu du 20 au 22 juin � Rio de Janeiro, au Br�sil.
A quelques encablures d�une route goudronn�e qui sillonne l�oasis de Goulmima, pr�s d�Errachidia, un puits jalousement gard� par la famille M�barek alimente en eau le petit champ de ma�s via une pompe � eau.
�L�eau a beaucoup baiss�. Dieu seul sait pourquoi�, regrette sur un ton amer Moha M�barek, un octog�naire n� dans l�oasis o� il poss�de un petit terrain agricole.
�J�ai creus� quatre puits avant de trouver l�eau. Autour de moi, les voisins n�ont pas d�eau. Avant, il y en avait partout. C�est la volont� de Dieu�, ajoute-t-il, fataliste, les yeux fix�s sur un ruisseau qui conduit l�eau du puits vers le champ de ma�s.
Anciennement appel�e �Ksar Souk�, la ville d�Errachidia (200.000 habitants) est le chef-lieu de la province qui porte le m�me nom. Cette r�gion est connue par la beaut� de ses oasis, au milieu des montagnes arides et d�un d�sert qui s��tend jusqu�au Sahara occidental.
La r�partition de l�eau dans l�immense oasis aujourd�hui menac�e d�ass�chement se faisait via +les khattaras+, un syst�me d�irrigation s�culaire assur� par la pratique des tours d�eau, et g�r� par les habitants selon des rites berb�res ancestraux.
Ce syst�me permettait de maintenir un d�bit d�eau r�gulier tout au long de l�ann�e.
Mais � partir des ann�es soixante-dix, l�utilisation des pompes � eau par les agriculteurs a conduit � l�ass�chement progressif de la nappe phr�atique. Et les champs, nagu�re r�guli�rement cultiv�s et verdoyants, ne sont plus que des terrains vagues abandonn�s par les habitants de l�oasis.
L�oasis de Fint, dans la r�gion de Ouarzazate, au Maroc, le 13 juin 2012
� AFP Abdelhak Senna
�Les traces des champs� vous voyez comme ils sont grands. Regardez: un, deux, trois, quatrem�tres de largeur. Ils sont grands, donc �a veut dire qu�il y avait beaucoup d�eau�, s�indigne Lahcen Kabiri, professeur en g�osciences de l�environnement � la facult� d�Errachidia.
d�sastre �cologique
�Les agriculteurs ont peu � peu opt� pour des puits individuels, qu�ils ont �quip�s de pompes � eau� des milliers de forages creus�s, et en quelques ann�es la nappe s�est vid�e�, poursuit l�universitaire en montrant un immense terrain entour� de quelques palmiers � moiti� dess�ch�s.
Selon M. Kabiri, cette situation �pourrait �voluer vers une v�ritable catastrophe �cologique compte tenu du r�le des oasis dans la lutte contre la d�sertification�.
�Si la nappe s��puise, alors tout ce qui est en aval va �tre dans une situation dramatique. On va se retrouver avec un d�sastre �cologique jamais vu�, s�inqui�te-t-il.
Habitants et autorit�s locales prennent de plus en plus conscience des menaces qui p�sent sur cet oasis, parmi les plus vastes du Maroc.
Dans la petite palmeraie d�Izilf au coeur de l�oasis, quelques agriculteurs d�cident de faire face collectivement � ce probl�me.
�Nous avons cr�� une coop�rative pour g�rer l�eau collectivement. Sinon, tout ce que vous voyez autour de vous n�existerait plus. Il n�y aurait plus rien, tout serait mort, s�ch�, pr�vient Moha Bousseta, le pr�sident de la coop�rative d�eau d�Izilf.
Pour les habitants de la r�gion d�Errachidia, pour la plupart des Berb�res, la gestion de l�eau est �non seulement un enjeu �cologique majeur, mais c�est une question de vie ou de mort�, conclut M. Kabiri.