zizvalley errachidia
Il �tait une fois ... Le cin�ma l'Oasis
Publi� Le 24 / 12 / 2010 à 10:01 | Dans Art & Culture | 4356 Lectures | E-mail Article | Imprimer Article
La ville �tait petite et portait un autre nom. Ses rues trac�es sans imagination par l'occupant, �taient rectilignes et sans surprise. Il y avait aussi, pour qui s'en souvient encore, une sorte de fronti�re entre le "Village" o� il y avait les commerces , les �coles, les administrations, l'essentiel des coloniaux et des habitants juifs et "L'Oued Lahmar" o� vivaient essentiellement des gens venus des ksours et le Dr Laforcade, connue sous le nom de la "vieille tbiba" Il y avait aussi une garnison de la l�gion �trang�re, quelques instituteurs, d'autres m�decins, quelques mokhazenis , deux ou trois caf�s dit "maures" le restaurant "Le Roi de la bi�re" , le �caf� Meyer�, P�p�, le coiffeur espagnol et Marinakis, l��picier grec aussi aimable que toujours �l�gant, la librairie kiosque et studio du photographe Bouhsira et enfin, les caf�, restaurant, h�tel, cin�ma l'Oasis qui appartenaient � feu Si Mohamed Mir et � son fr�re Si Larbi Mir.

Toutes les composantes de la soci�t� d'alors se c�toyaient sans vraiment se m�langer , en dehors d'un lieu magique qui r�unissait la facult� d'�tre une fen�tre ouverte sur le monde et un lieu de rencontre de l'essentiel des habitants de Ksar es souk: Le Cinema l'Oasis.

Et pour ceux qui n'allaient jamais au cin�ma, celui-ci allait � eux en la personne d'un homme sandwich qui faisait le tour du village avec sur le dos l'affiche de la nouveaut� de l'�cran et qui criait le programme tout en sonnant une cloche et qui ne manquait jamais de citer le nom de la vedette du film ni de finir son appel par la m�me formule: "Il y aura des bagarres et des guerre et le h�ros ne mourra pas" ou bien "Il y aura de l'amour, de la passion et des chansons" , selon la nature du film.

À partir de la tomb�e de la nuit, le cin�ma l'Oasis �tait le seul endroit anim� de la ville qui, partout ailleurs, se repliait sur elle-m�me, dans le silence et l'obscurit�. Ceux qui se rejoignaient l�, avaient en commun leur amour du cin�ma m�me s'ils se distinguaient les uns des autres par la fortune. Il y avaient ceux qui pouvaient se payer le prix, fort modique du billet et ceux qui, chaque fois �taient l� anim�s par l'aspiration d'y �tre admis par tous les moyens: se faire payer l'entr�e par une �me g�n�reuse, resquiller ou arriver � amadouer le propri�taire, M. Mir qui se laissait souvent attendrir. Il arrivait parfois que cela f�t possible � la seconde entracte si bien que certains ne voyaient jamais que la derni�re partie du film, d'autres devant se contenter de se hisser sur les tamariniers environnants pour voir ou entrevoir en hiver et entendre d�s la saison chaude arriv�e et les vasistas ouverts pour a�rer la salle.

Tout cela pour dire que le cin�ma �tait dedans comme dehors, sans oublier afin de compl�ter ce microcosme , les petits commerces qui gravitaient dehors: Brahim marchand de merguez grill�es en �tait le centre odorant. Il y avait aussi les marchand d'oeufs durs et de confiseries qui �taient admis � exercer leur n�goce dans les trav�es m�mes du cin�ma, pendant les entractes, mais qui souvent oubliaient cette r�gle et continuaient � circuler pendant les projections, notamment pendant les matin�es quand M. Mir n'�tait pas l� pour les rappeler � l'ordre et quand, eux m�mes n'�taient pas trop absorb�s par le spectacle.

Pour nous, les enfants, le cin�ma l'oasis �tait le lieu ou se mat�rialisaient les r�ves les plus fous et o� le monde offrait � nos yeux m�dus�s et � nos esprits assoiff�s toutes ses merveilles. La programmation �tait riche et aussi vari�e que l'�taient les publics tant sur le plan des cultures que des origines nationales , sociales et religieuses. Le cin�ma am�ricains et fran�ais disputaient la semaine autant que les suffrages au cin�ma indien avec sa magie et ses fantaisies d�brid�es et aux films �gyptiens m�lodramatiques � souhait et qui faisaient pleurer dans toutes les chaumi�res autant musulmanes que juives ou fran�aises.
On pourrait penser que n'�taient projet�s que des navets. Que l'on se d�trompe compl�tement. M.Mir avait du go�t, une profonde culture cin�matographique et une vision large et respectueuse de toutes les composantes de son public, le tout associ� a un instinct juste de ce qui devait �tre regard�.
C'est ainsi qu'au cin�ma l'Oasis, nous �tions souvent en avance sur des grandes villes comme Meknes ou F�s en ce qui concernait la programmation. Mais l� ne r�sidait pas notre privil�ge le plus important: Nous avions la fortune de regarder les grands chefs-d' oeuvres de l'�poque.

Je me souviens quand au d�but des ann�es soixante dix, alors que j'�tais �tudiant � Marseille, nous avions, mes camarades cin�philes et moi-m�me l'habitude de nous rendre � Aix en Provence pour aller au cin�ma dans une salle d'art et d'essai pour admirer quelques grands classiques que pour ma part et contrairement a mes camarades fran�ais j'avais d�j� vus � ..... Ksar es Souk que personne parmi eux n'aurait �t� capable de situer sur une carte g�ographique. Je connaissais pour les avoir vus ici des films comme "Citizen Kane" d'Orson Welles, la trilogie de James Dean ("A l'est d'Eden" d'Elia Kazan, "La fureur de vivre" de Nicolas Ray et "G�ant" de Georges Stevenson), les deux versions des "R�volt�s du Bounty" et celles de "L'Homme qui en savait trop" (1934 et 1954) toutes les deux du m�me Alfred Hitchcock dont nous connaissions toutes les �uvres ou presque, ainsi que celles de grands r�alisateurs fran�ais comme Renoir, Carn� et bien d'autres. Il y avait aussi les r�alisateurs �gyptiens, essentiellement les fr�res Badrakhan, Youssef Wahbi mais aussi et d�j� Chahine d'une �poque que je pr�f�re de loin a celles qui ont suivi, Salah Abou Seif ("Dhouhour al Islam" et "Entre ciel et terre" avec l'�poustouflante Hind Rustum).
Il faut dire qu'� cette �poque, nous-nous int�ressions plus aux acteurs qu'aux r�alisateurs. Certains des premiers �taient pour nous, de v�ritables h�ros (Errol Flynn, Gary Cooper, Yul Brunner , Clark Gable) et pour nos jeunes esprits, la r�alit� se confondait souvent avec la fiction. En tout cas, la fronti�re �tait aussi floue que fluctuante. Le cin�ma �tait le lieu de projection de nos espoirs, et frustrations, de notre besoin de connaitre le monde et de r�ver.

C'est d'une certaine fa�on, ce cin�ma qui nous a �veill�s au monde, � la culture et aussi � la lecture dans laquelle nos esprits curieux et assoiff�s cherchaient � connaitre , � aimer et se nourrir. Pour nous, le cin�ma ne cessait jamais et continuait � habiter une partie importante de notre vie quotidienne. C'est certainement gr�ce au cin�ma, associ� avec l'extr�me pauvret� de nos moyens que nous d�vorions tout ce qui �tait imprim�: les bandes dessin�es, les romans, les journaux et dictionnaires et jusqu'aux papiers d'emballage. La librairie de Bouhsira et la biblioth�que du p�re Ducroux (qui fut notre professeur de fran�ais) servaient de prolongements au cin�ma de M.Mir. Celui d'entre nous qui avait le privil�ge de d�couvrir un livre parlant d'un film vu par nous avait l'aura du chercheur d'or qui avait d�nich� une p�pite. Il y avait aussi nos jeux de rues qui �taient notre terrain d'exp�rimentation concr�te de ce que nous avions vu et ressenti sur l'�cran.


Le cin�ma l'Oasis a ferm� ses portes depuis des ann�es , a l'instar de centaines de salles au Maroc. Cela, on le voyait venir bien avant. Le notre est devenu un silo � grains, habit� par des milliers de fant�mes d�sormais silencieux: autant ceux qui avaient pendant des d�cennies peupl� son �cran que ceux, � commencer par les fr�res Mir, qui sont morts et enterr�s, que nos �mes curieuses d'enfants.
On dit que la t�l�vision a tu� nos cin�ma. Plut�t la b�tise et l'inculture. Le cin�ma , ailleurs est vivant et cr�ateur apr�s avoir r�ussi, parfois dans le douleur a s'adapter aux nouvelles donnes culturelles et ce en haussant sa qualit� , laissant la m�diocrit� globalement au petit �cran. Au Maroc, cette transformation n'a pas encore eu lieu. Bien au contraire, la tol�rance des commerces de films pirat�s et d�ment patent�s, ne fait que donner le coup de gr�ce a cet art au moment m�me, o� paradoxe dans ce pays qui en est peupl�, il y a un vrai cin�ma marocain qui �merge enfin et o� il est plus facile de trouver des DVD pirat�s des �uvres de r�alisateurs marocains que dans le commerce l�gal.

Abdallah BOUHAMIDI

Commentaires article
Commentaire N�1 Post� par : mustapha Le 24 / 12 / 2010 à 18:38 Adresse IP: 41.140.188.159
bravoooo un tr�s beau texte si Abdellah
Commentaire N�2 Post� par : boubakraoui Le 24 / 12 / 2010 à 19:59 Adresse IP: 92.140.30.139
Un texte que je peut classer comme le meilleur texte ,jusq � maintenant,
d�di� � la m�moire � la culture et � l'histoire r�cents de Ksar es Souk.Un
grand texte �sth�tique qui honore toute une p�riode;une population et une ville.Un texte qui valorise Ksar es Souk,et la met dans la meme valeure ou meme plus que M�knes ,fes ou encore Marseille.Il m�rite d'etre �crit avec
une plume d'or.Bravo Si Bouhamidi.
Commentaire N�3 Post� par : tazmoirit Le 24 / 12 / 2010 à 21:03 Adresse IP: 41.140.26.111
que dieu vs protege cher ami de tout ce que vous fait pour lbled.et pour le bien de cet belle ville que personnelement je sais bien a quel point vs aimer
ksar souk .wallah irhem benchrif .et a travers ces articles vous donner de tres belles le�ons l moutatafiline a ce qui ce crois quel sont des intelectuels .que dieu vs protege cher ouled l blad al assili wa koh .
Commentaire N�4 Post� par : bouzid Le 25 / 12 / 2010 à 06:24 Adresse IP: 41.137.61.30
Un article superbe qui nous rajeunit et nous rappelle la belle epoque de la ville de KSAR ES SOUK .ENCORE BRAVooooooooooooooooooooo si bouhamidi
Commentaire N�5 Post� par : KsarSouki Le 25 / 12 / 2010 à 09:24 Adresse IP: 41.140.162.185
Merci Beaucoup Si bouhamidi. Voil� un tr�s bon article, juste, savoureux, sinc�re et plein de tendresse pour cette contr�e et pour la vraie culture. Ça nous change de la m�diocrit� qui s�vit derni�rement et qui �touffe les vrais talents. J'esp�re que vous allez continuer !
Commentaire N�6 Post� par : H Mohamed Le 25 / 12 / 2010 à 13:10 Adresse IP: 41.140.185.117
La belle �poque! Il fallait aussi citer les sifflets qui visaient monsieur Dehhane au moment de chaque coupure, et les �tfi lgarro� de monsieur Ali Gouba.
C�est vrai, c�est l� o� on a connu les grands Alain Delon, Jean Gabin, Giuliano Gemma et ses fameux Ringo, Louis de Fun�s et tant d�autres.
Il faut aussi rendre un grand hommage � ceux qui avaient tout donn� pour monter et faire durer l�inoubliable �Cin� Club�: le grand rendez-vous hebdomadaire du cin�ma l�oasis, et ce malgr� les conditions difficiles.
Le cin�ma l'Oasis �tait en effet une belle oasis qui ornait l�espace d�sertique de Ksar-es-Souk.
Commentaire N�7 Post� par : M.O. Le 25 / 12 / 2010 à 19:07 Adresse IP: 196.217.99.247
Vous avez �cris un texte magnifique et sinc�re qui dormait en nous tous (g�neration de Ksar-es-Souk) merci de l'avoir r�v�ill�. Saches tout de m�me que chacun de nous raconte � ses enfants le charme de cette p�riode mais en petites parties, par occasion et par nostalgie surtout. Merci encore une fois d'avoir mis tout cela en valeur et dans un style parfait. Bon courage si ABDLLAH et tiens bon.
Commentaire N�8 Post� par : Abderrafie Le 26 / 12 / 2010 à 09:07 Adresse IP: 41.140.186.199
Mr Bouhamidi, j'espere bien que vous pensez � �crire un livre intutul� "m�moire de ksar es souk" car de g�neration � g�neration en risque d'oublier notre histoire. merci infiniment pour ce texte exceptionnel.........merci encore.
Commentaire N�9 Post� par : ( - ) Le 26 / 12 / 2010 à 16:53 Adresse IP: 188.61.42.58
Merci mr abdllah pour votre article,
vous m'avait redu nostalgique de cette �poque si proche et si loin au meme temps, merci d'avoir parle de la gen�rosite de mr mir
Commentaire N�10 Post� par : Allal Le 30 / 12 / 2010 à 20:59 Adresse IP: 196.206.202.36
Merci beaucoup pour ce merveilleux texte qui m'a projet� dans mon enfance et mes souvenirs d'entant. Je me suis bien retrouv� corps et �me dans votre texte.
Oui, Mr Mir �tait g�n�reux. Je me souviens bien que des fois nous lui demandions de r�duire le prix du ticket pour que nous puissions entrer voir le film plein de "Dak ou Tchindik ou L�afirit Maymoutch" � la fin. Mainte fois il nous
permettait de payer juste 50 ou 20cts. Achra/Rab�a "Aafak a Ami Lmir� Devant n�tre insistance il finissait par c�der.
Il y avait aussi Dehhane, Le machiniste/op�rateur � il rendre hommage. Et puis et puis et....
Commentaire N�11 Post� par : TON NEUVEU Le 31 / 12 / 2010 à 01:46 Adresse IP: 81.192.215.184
Merci Mr. Abdallah pour ce g�teau savoureux .
Votre article commence a me faire regretter ne pas avoir v�cu votre �poque, celle de Ksar Es Souk comme vous l'avez d�crit ...
Commentaire N�12 Post� par : Un petit jeune Le 01 / 01 / 2011 à 15:04 Adresse IP: 88.163.43.164
Bonjour � tous, et surtout � M. Bouhamidi. Etant d'un naturel curieux et �tant trop loin pour me documenter, je voulais vous demander quelque chose qui me taraude depuis quelques temps : Pourquoi la ville de Ksar-es-Souek a-t-elle chang� de nom ? Je trouve le nom actuel moins beau.
Si jamais vous pouvez m'�clairer.
Merci par avance,
Mehdi
Commentaire N�13 Post� par : Batist Le 02 / 01 / 2011 à 01:59 Adresse IP: 80.5.44.255
Je ne connais pas cette ville, cependant je connais deux petits enfants de Mr Mir qui m'ont beaucoup parl� de leur grand p�re si carismatique, g�n�reux et toujours soucieux du bonheur des gens.

Tr�s bel article.
Commentaire N�14 Post� par : L.M Le 08 / 01 / 2011 à 19:53 Adresse IP: 78.224.17.5
Un tr�s bon article vraiment !!
Et merci d'avoir �voquer Mr.Mir qui sans lui le Cin�ma n'aurais jamais exister, et sans sa grande g�n�rosit� nombreux sont qui n'aurais jamais assister a la diffusion d'un film! Merci beaucoup c'�tait un homme d'exception allah irhmou o iws�3 3lih inchalah
Commentaire N�15 Post� par : Abdallah Bouhamidi Le 10 / 01 / 2011 à 07:57 Adresse IP: 62.47.137.229
Merci � tous. Je rentre de voyage et je trouve tous ces commentaires chaleureux de personnes aimant Ksar es Souk et son histoire. Ce texte, je l'avais en moi aussi depuis longtemps et j'annonce que je suis en train de travailler depuis quelques ann�es maintenant sur un livre dont le titre sera pr�cis�ment "Caf� cin�ma l'Oasis" en hommage � nos parents et � leurs combats, � cette enfance et cette jeunesse pour lesquelles, le cin�ma l'Oasis, grace � Monsieur Mir aura �t� une v�ritable fen�tre ouverte sur le monde.Je remercie tous ceux qui dans leurs commentaires lui rendent hommage. Un hommage m�rit� largement. Cet homme a jou� un r�le social et culturel de premi�re importance. Il en m�riterait qu'une rue de la ville porte son nom. Je remercie aussi ceux qui �voquent Dehane qui m'offrait souvent des chutes de film qui enflammaient mon imagination d'enfant. Quant au nom de la ville, il a �t� chang� en hommage � Moulay Rachid, fondateur de la dynastie alaouite.
Commentaire N�16 Post� par : khelifa amine Le 25 / 01 / 2011 à 17:50 Adresse IP: 41.249.25.63
c'est tr�s remarquable et touchant de lire vos mots car surtout que je suis le petit fils de Mr Mohammed MIR , merci pour vos commentaires impr�ssionnants qui nous font en penser et � raffraichir nos m�moires pour certains faits et �v�nements .
Commentaire N�17 Post� par : tarek louani Le 03 / 02 / 2011 à 07:49 Adresse IP: 41.249.89.68
Merci Mr Bouhamidi pour ce remarquable article qui nous a transpos�,l'espace d'un instant , vers nos meilleurs ann�es.Quand a Mr Mir lay i rahmou ,je suis heureux de voir que nombreux sont ceux qui n'ont pas oubli� les instants de bonheur que nous avons v�cu gr�ce sa g�n�rosit� et a sa profonde bont� .
Commentaire N�18 Post� par : Abdallah Bouhamidi Le 18 / 02 / 2011 à 12:55 Adresse IP: 62.47.129.0
Merci encore une fois pour toutes ces r�actions et commentaires. Grace a certaines, d'autres souvenirs remontent en surface, d'autres visages, d'autres noms et d'autres moments. Je remercie notamment Amine Khelifa, petit fils de M. Mir et des nombreux t�moignage sur sa g�n�rosit� qui ne fut pas toujours reconnue, rappelons-le a sa juste mesure.
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