zizvalley errachidia
projection du Film "Ten" � la Maison des jeunes Boutalamine
Publi� Le 06 / 10 / 2006 à 22:00 | Dans Art & Culture | 2224 Lectures | E-mail Article | Imprimer Article

    Dans le cadre des journ�es  du cin�ma iranien organis�es par Le centre Tarik ibn zyad et l'Association Al kabas de cin�ma et de culture du 06 au 08 octobre 2006. Les int�ress�s du cin�ma auront un rendez vous aujourd�hui � 21 h � la Maison des jeunes Boutalamine avec le film iranien � TEN �.

fiche technique du film

FESTIVAL DE CANNES 2002
S�lection officielle

TEN

d'Abbas Kiarostami








SYNOPSIS : Dix s�quences de la vie �motionnelle de six femmes et les d�fis qu'elles rencontrent dans une �tape particuli�re de leur vie, qui pourraient aussi bien �tre dix s�quences de la vie �motionnelle d'une seule et unique femme...

POINT DE VUE

Dix s�quences, un huis clos, une voiture. Une femme au volant qui prend des passag�res. Et, d'abord, ce que Ten n'est pas : un portrait de " la femme iranienne " de nos jours en plans fixes, plusieurs volets ou voyages. Mais plut�t la tentative de sonder qui se cache derri�re le regard et les lunettes d'une femme : au cours de Ten, nulle r�ponse mais un amas de questions intrigantes, d�clinaison dune �nigme (le visage d'une femme devenant ic�ne). Une attention particuli�re qui se traduit par l'�coute dune voix �rotis�e, flux caressants dont on saisit moins les propos �non�ant des v�rit�s, qu'on �coute, fascin�, les basses langoureuses qui �manent d'une bouche surnaturelle.

Ten est d'abord l'histoire de cette voix f�minine, l'�coute dun corps politique comme forme de raccord et point de ralliement de voix nationales. Ten pr�f�re le d�bat, la parole active au soubresaut, � la r�volte commune. Immersion dans le r�el en marche avant, le film �rige la conversation ou le r�cit oral comme autant de routes � emprunter, les corps �tant configur�s dans un espace restreint (une place assise), leur parole scand�e par deux cam�ras qui les surveillent autant quelles les enregistrent. Ici, la parole verse dans la fronde, la col�re, pure logorrh�e et joute verbale qui d�stabilise l'harmonie du cadre (on coupe la parole mais s'attarde sur le corps) et l'alchimie des couleurs (le blanc incandescent, le bleu nuit des ext�rieurs). Toujours, le discours du film et de la femme pr�nent l'�change et ouvre d'autres r�cits et fen�tres entrouvertes sur le r�el.

 

 

 

Le r�el, ma�tre mot du corpus iranien qui �cume salles et festivals, Kiarostami le sc�narise autant qu'il le provoque. Ten s'apparente � un dispositif �tanche qui modernise l'id�e de cin�ma d'Andr� Bazin, en ne cessant de d�border du cadre. La projection du film a lieu jusque sur les murs de la salle ; prolongement du r�el dans le son, le trafic alentour : les lignes fermes de la voiture cachent par transparence (proc�d� et trucage que d�tourne Ten) les lignes de fuite du r�el hors-champ. De la fin du Go�t de la cerise � Ten, l'emprise sur le r�el de Kiarostami diminue � mesure que se creuse la part d'humanit� inou�e qui g�t derri�re l'image DV, propre et chaude. L'urgence de la parole, le jeu d'allusions entre champ et hors-champ, la croyance en une r�alit� sc�naris�e se doublent dune intensit� �motive par rayons, faisceaux lumineux, respirations du cin�aste, grains vid�o �pousant grains de peaux comme un adoucissant. Un tour de force souverain, proche d'une exp�rience hypnotique que parach�ve un subtil effet de bascule final : la main de la conductrice traverse la ligne, le split-screen qui la s�parait de son amie, et lui caresse le visage. Ce qui bouleverse provient d'une lib�ration, ce sera le premier et seul contact de Ten et le seul accord, acquis dans le silence. Se produit une fracture de l'image et de la parole, mais l'espoir perdure, d�cisif : si la ligne qui s�parait les deux femmes se brise soudainement, elle lib�re n�anmoins la passag�re (qui se d�couvre) et les apaise (elle r�unit les corps).

 

Par Gilles LYON-CAEN
source:
http://www.objectif-cinema.com