MOU, L'OUD DE MOULOUD?
www.zizvalley.com | Le 02 / 07 / 2010 à 15:41 | Dans Art & Culture
MOU, L'OUD DE MOULOUD?
par Lahcen FASKA


�] Et [je ne suis pas arch�ologue (1) mais je viens de faire une trouvaille particuli�re. Jur�! Je ne vais pas parler de foot (trop de foot tue le foot) mais c'est � la mi-temps de je ne sais m�me plus quel match que c'est arriv� (1).


photo prise par Lahcen FASKA


Un peu pour me ravigoter l'occiput, et surtout pour fuir la "cravaterie"(1), je me rendais aux toilettes quand, tel Ulysse, je fus attir� par une musique qui, d'embl�e, me laissa �trangement �bahi. Et, en guise de sir�nes, c'�tait des diplodocus vivants rassembl�s � la merveilleuse initiative du Centre Culturel Tariq Ibn Ziad pour les besoins du festival des musiques du d�sert (version 2010). Il y avait l� Ba Mohamed BEN ABDELLAH, Ali TABTOCH, Abdelmoujoud ABBASSI, Ch�rif EL HAMRI, Mouloud KAOUI etc.; ceux-l� m�mes qui ont historiquement c�toy� les BAOUT et BELMESBAH (Dieu ait leur �me). Ils accordaient leurs violons et se donnaient le la. Ils �taient en r�p�titions donc forc�ment tr�s d�tendus. Alors cela vous d�gageait une s�r�nit� et une g�n�rosit� savoureuses. Le moment �tait �minemment �mouvant. Assis pr�s d'un certain BOUKHRIS (2), j'attendais qu'ils aient fini de chanter "Awlidi ya wlidi" pour demander � Mouloud KAOUI si cela ne le d�rangeait pas que je le prenne en photo. "Allah awddi!" me dit-il .Ce qui signifiait en substance qu'il �tait on ne peut plus ravi de m'offrir ce privil�ge-l�. J'ai retrouv� le grand monsieur d'antan qui n'a rien perdu de son exemplaire intelligence du c�ur. Allez interviewer Mick JAGGER et vous m'en direz, � moi qui ai le souvenir d'un journaliste qui devait franchir sept portes avant de glaner quelques mots du c�l�brissime caillou qui roulait (Rolling Stones).


photo prise par Lahcen FASKA


Il faut reconna�tre que mes chanteurs ressassent les m�mes refrains depuis des d�cennies et que leurs paroles n'ont pas trop �volu�. Mais que voulez-vous? Pour la plupart, ils n'ont gu�re �t� � l'�cole. D'ailleurs, me direz-vous, ils sont eux-m�mes une �cole ou l'Ecole. En tout cas, leur musique n'a pas pris une ride et elle a quelque chose de magique et d'insaisissable qu'on retrouve chaque fois qu'on r��coute "Al Qamar Al Ahmar" par exemple. Ou chez MOZART qui a beau mourir il y a des si�cles et qui est sempiternellement revisit�

Mouloud! Un pr�nom bien de chez nous de la lign�e des Abdelmoujoud, Abdelouahed, Louazzani, Laayachi, (respectivement Mjjoud, Whhoud, Ouzzoune, Aayouch pour les amis). Des pr�noms comme on n'en fait plus. Beaux, originels, exotiques et originaux. C'est au d�but des ann�es 60 que j'ai d�couvert Mouloud, en m�me temps que Abdessalam AAMER, Ismail AHMED, Oum KALTHOUM, Mohamed ABDELOUAHAB etc. Amazighement (si je puis dire), un copain de Sijilmassa (encore coll�ge � l'�poque) nous ramenait du moyen Atlas chaque fois qu'il revenait des vacances, des tubes de ROUICHA de Ain Ellouh. Quel comble! C�t� Occident, il y avait les BEATLES, JOHNNY, ADAMO, AZNAVOUR, FERRAT, BRASSENS et FERRE qui chanta un jour que les MOODY BLUES, "c'est extra". J'ai toujours �t� convaincu que c'est de ma ville que parlait Jacques BREL quand il comptait offrir des "perles de pluie venues de pays o� il ne pleut pas".Car, effectivement, ma r�gion est s�che mais elle regorge de perles. Je cite tout ce monde sans doute en bombant le torse mais essentiellement pour signifier que mon r�pertoire est un patchwork o�, depuis lors, cohabitent diverses cultures. Et il se trouve que c'est dans le m�me esprit que le Centre Tariq Ibn Zyad organise le dit festival.

Mouloud que je me plais bigrement � surnommer Sammy DAVIS Jr! Allusion faite � un chanteur des m�mes ann�es glorieuses qui, avec Frank SINATRA, et Dean MARTIN, formaient un trio de crooners mythiques. Au cin�ma de Aammi LMIR, l'actuel (ou plut�t, inactuel "Oasis"), leur apparition assurait toujours notre bonheur et par sa d�marche turbulente, Sammy avait en lui quelque chose de Mouloud et vice versa .La ressemblance �tait frappante et heureuse.



Frank, Johnny, Dean et les autres, autant de millionnaires, voire milliardaires bien r�compens�s pour leur oeuvre. Et Mouloud, qu'a-t-il sem� de ses doigts de f�e? Qu'a-t-il r�colt�? Roule-t-il en 4�4? Non? D'aucuns riront de me voir comparer l'oud de Mouloud � l'orgue d'Amadeus ou � la guitare de Mick. Je dirais simplement que la musique se tient bien loin des s�gr�gations, et que le plaisir qu'elle conf�re est universel. Joindre l'utile � l'agr�able ne l'aurait pas d�rang� mais je doute que, � son premier coup de oud, Mouloud ait pens� � s'enrichir. Cela aurait affect� son inspiration de beldi (musique du bled) et la candeur de sa personnalit�. Pour autant, je n'irais pas jusqu'� dire qu'il ne m�rite pas un geste de la part de ceux qui l'�coutent. C'est sans doute ce que pensent les responsables du Centre Tariq qu'on doit remercier pour cette entreprise. Quant � moi qui n'ai que mon clavier pour agir, je prie Dieu de pr�server nos KAOUI, HAMRI et consort et qu'ils passent le relais aux plus jeunes dans les bonnes conditions"beldi" ; comme j'esp�re que les politiques du bled se rappellent de temps en temps que la musique adoucit les m�urs. Tenez ,tant que j'y suis , si j'�tais du conseil municipal, la moindre chose que je puisse sugg�rer autour de moi, c'est de donner des noms d'artistes aux centaines de rues de notre ville qui ne se reconnaissent encore que par des num�ros.
---Alors mou, l'oud de Mouloud?

Sign� Lahcen FASKA

Notes
1)- Dans d'autres textes, je ne suis pas po�te et encore moins philosophe (V sur zizvalley "Foot quand tu nous tiens", " Questions sur un champion"et "La quadrature du cercle") .
2)- En commentaire � des articles de M Souag, j'ai publi�- tardivement -des textes sur BOUKHRIS et Aammi BOUABID (sign�s FL). Ayant des doutes qu'ils aient �t� suffisamment lus, je profite de ce moment � th�me artistique pour les reproduire ici:

I)---Boukhris ! Voil� un nom qui me rajeunit d�une bonne quarantaine d�ann�es et me ram�ne soudain au bon vieux temps ; le temps o� Boukhris s�appelait Boukhris ; le temps o�, � Sijilmassa, unique coll�ge de l�immense province de Ksar-es-Souk (alias Er-Rachidia) , il �tait un professeur de sport tr�s connu pour sa mani�re originale de nous sanctionner quand cela se devait. Tenez par exemple, pour la petite histoire : M Secondi (c�est son nom) nous pesait r�guli�rement et gare � Boukhris s�il reprenait les quelques grammes qu�il avait d� perdre au bout des s�ances pr�c�dentes. Il l�aimait bien car il lui trouvait lui aussi une certaine originalit� qui allait en grandissant ; alors il le � ch�tiait � bien. � Tu as encore pris du poids, tourne les fesses, goul bismillah, hak ! � (En arabe dans le texte !). En lui bottant ainsi le post�rieur, il lui signifiait qu�il devait se mettre au r�gime et faire quelques tours de stade de plus que nous. Or, pour Boukhris, rien ne pressait ; c��tait le dilettante. Peut-�tre �tait-il trop gourmand ; en tout cas, il �tait f�ru de tout ce qui pouvait �duquer l��me et d�velopper sa beaut�. Il avait d�j� la t�te dans les �toiles et m�me sa stature nonchalante le destinait � �tre l�artiste qu�il est devenu. Je suis s�r que notre Boukhris national sourira � la lecture de ce passage. Ah ! C��tait tellement bien le coll�ge !
Oui, comme c�est dit ci-dessus, il �tait bel et bien au festival de jazz de Tanger ; je l�ai su en regardant les actualit�s au cin�ma de Aammi Lmir. Pour ceux qui ne suivent pas, je dirais que, faute de t�l�vision et encore moins de Youtube et autres Google ou Facebook, on se contentait de la radio et on regardait les informations au cin�ma. Quel cin�ma ? Eh bien � L�Oasis ! � Ah pardon ! Il n�est plus ? Une autre histoire (beaucoup moins dr�le) qu� on pourrait reprendre un jour�
---Revenons � nos moutons ; alors, quand Boukhris jouait du tam-tam dans l�ar�ne de Pla�a Toro � Tanger aux c�t�s des grands jazzmen de l��poque, quelle fiert� ! Quel bonheur !Vous avez compris que je suis un ami de classe (enfin� de salle de classe de Boukhris). Mais attendez � Je ne sache pas qu�il se nomme aujourd�hui Boukhris mais quelque chose comme Ould Aaqa ou Baaqa. Oui, je dois m�en vouloir d�ignorer jusqu�� son nom actuel. Ma ville a grossi depuis et m�emp�che de revoir mon ancien copain des ann�es soixante .Mais aujourd�hui, j�exulte en apprenant qu�il continue son petit bonhomme de chemin et d�artiste. Et c�est du reste, pourquoi je ne conclurai pas sans remercier ceux qui s��vertuent � remuer la m�moire de ma r�gion ; et Dieu sait combien nous en avons besoin. Car on ne peut que s��mouvoir quand on parle des Moulay Ali Belmsbah, Mouloud Kaoui, El Hamri, Zegoud...J�aurais aim� les citer tous mais il y en a un que je ne saurais oublier. Vous avez devin� qui ? Boukhris, bien s�r !





II)-Concernant Aammi BOUABID:

� Je dois dire que j�ai pris go�t � l��criture et qu�il y a comme une d�tente � parler de ces choses. Alors un mot sur Bouaabid (ou Aammi Bouaabid, par respect � ce grand monsieur que j�ai connu � Goulmima avant de venir m�installer d�finitivement � Ksar-es Souk). :

--A l�aube de l�ind�pendance, � Goulmima, Aammi Bouaabid tenait un caf� o�, en m�me temps qu�il vous faisait des th�s � la menthe succulents, il g�rait la petite agence de la CTM qui ,dans la journ�e ,ne comptait en tout et pour tout qu�un aller-retour Ksar-es-Souk /Tinejdad via Goulmima. Le passage du car �tait un �v�nement car, de temps en temps, il nous amenait des nouvelles du bout du monde. Des nouvelles de Laarbi Ben Barek , vous savez, la perle noire du foot qui nous rendait fous�des nouvelles des films qu�on donnait au cin�ma de Aammi Lmir � Ksar-es-Souk�et puis, la musique ! On dirait que Aammi Bouaabid en avait le monopole du fait de sa proximit� du chauffeur (feu Fateh qui lui-m�me �tait un virtuose du oud) et des colis ,des disques qui contenaient des airs de Ahmed El Bidaoui, Abdelkader Rachdi, Ahmed Chajai...Ceux-l�, comme il les chantait bien Aammi Bouaabid ! Le soir, apr�s qu�il eut fini ses services, il s�adonnait corps et �me au violon ou � l�oud, deux instruments qu�il manipulait de ses doigts de f�e, pour faire notre bonheur. Cela se passait juste devant son caf�, � m�me la rue� Un peu en famille, quoi ! �Et comme il vous disait bien � Ya sahiba sawlati wa sawlajan � !Un tube de feu El Bidaoui en hommage � Sa majest� Mohamed V et � son retour ; ou encore, comme il jouait � Raqsat Al Atlas � de feu Abdelkader Rachdi ! Quel d�lice !

--Ah sacr� M.Souag, quelle merveilleuse id�e de d�poussi�rer tout ce monde ! Un petit b�mol, tout de m�me cher ami : que n�aviez-vous commenc� par Moulay Ali Belmasbah le plus grand
de tous? Celui- l� qui est pour les Kaoui, El Hamri etc., ce que Hammou Oulyazid est pour les chanteurs amazighs. Que n�aviez-vous cit� la grande Zgoud en premier par courtoisie ? A moins que vous ne l�ayez gard�e pour le 8 mars, jour de la f�te des femmes ! Bonne f�te mesdames !

Sign� Lahcen FASKA