Assou Oubslam, l'homme qui a �crit l'une des pages ind�l�biles de l'histoire d'un Maroc libre
www.zizvalley.com | Le 26 / 03 / 2010 à 17:35 | Dans Divers
Historique et m�morable, tels sont les adjectifs qualifiant la poign�e de main entre le r�sistant Assou Oubslam et le g�n�ral Hur�. Ce face-�-face qui eut lieu le 25 mars 1933 � Ikniouen (80 km de Tinghir) suivit la bataille de Boughafer que se sont livr�e les A�t Atta et l'arm�e fran�aise forte de plus de 80 mille soldats.
Gr�ce � sa sagesse et son intelligence politique instinctive, l'Amghar comprit que la n�gociation que demandait Hur�, avait le go�t d'une victoire. Le capitaine Henri de Bournazel �tant bless� puis abattu, l'Etat Major fran�ais ne pouvait plus se permettre de s'embourber dans une aventure impr�visible.
Entour� des siens, le h�ros du Saghru tenait encore son fusil artisanal dans sa main gauche. Son regard vif d�notait une force de caract�re. Dans la pure tradition des grands guerriers, Oubslam qui ne courba pas l'�chine, resta le dos bien droit.
Le g�n�ral Hur�, lui, ex�cuta un salut militaire digne des grandes personnalit�s, avant de tendre sa main � son ennemi jur�.
Outre l'analyse s�miotique de la photo historique montrant les deux hommes, l'historien fran�ais Henri Bordeaux avait qualifi� Assou Oubslam d'"homme au beau visage grave, au corps maigre et muscl�, impassible et indiff�rent d'apparence, mais fier et plein de dignit�, et qui imposait la confiance."
David Hart, lui, �voquera sa personnalit� dans un condens� phrastique lourd de sens: "ce tr�s remarquable homme". Redescendu du Saghru o� il �tait entr� en dissidence quarante jours auparavant, il n'�tait jamais aussi libre et fier de son appartenance.
Assou Oubslam, de son vrai nom Issa Ou Ali N'A�t Baslam, dirigea ses troupes de mani�re charismatique. A quarante ans environ, l'homme faisait d�j� l'unanimit�.
Assou Oubslam qui rappela aux strat�ges coloniaux fran�ais la bravoure in�gale d'un Abdelkerim El Khattabi, et sa c�l�bre bataille d'Anoual onze ans auparavant, voulait �pargner un carnage aux siens. Pas question de donner l'occasion aux 44 avions de guerre et � la lourde artillerie de commettre le pire.
Les salons fran�ais, eux, parlaient d'un �chec. Dans leurs cahiers intimes, les officiers fran�ais, comme les historiens, avouaient la duret� des guerriers d'A�t Atta.
Depuis le Saghru, mont dans lequel ils s'�taient retranch�s, ils �taient en train d'�crire une page ind�l�bile de l'histoire d'un Maroc libre. L'histoire gardera aussi le r�le des femmes dans cette bataille.
Le m�decin Major Vial racontera comment les femmes amazighes "veillaient � orienter les guerriers �gar�s, � soigner les bless�s et � marquer les d�serteurs". Leur courage les a m�me pouss�es � refuser en pleurs d'arr�ter la bataille et d'appeler Oubslam � poursuivre les combats.
Sur le terrain, le manque d'effectifs et de mat�riel fut intelligemment remplac� par un sens de l'organisation et une parfaite mise � profit des donn�es g�ographiques. Le tout est bien �videmment m�l� � un patriotisme intact.
Plus l'�tau se resserrait autour des r�sistants, plus leur courage s'accentuait. Rares ceux qui surent � l'�poque que la bataille de Boughafer eut une influence sur la strat�gie coloniale dans son ensemble.
A elle seule, la mort de Bournazel disait tout. Celui qui prenait toujours sa position au devant des troupes, allait �tre l'objet d'un "baroud d'honneur" du haut d'une grotte.
Envo�t� des r�cents triomphes au Tafilalt, ce capitaine fran�ais de 36 ans, dit le "Diable rouge", allusion faite � sa tunique rouge habituelle, avait certainement rat�, lors de sa formation, la consigne de mise � profit de la g�ographie, mais aussi de ne pas sous-estimer l'ennemi � cause juste.
Trente ans plus tard environ, les am�ricains commettront la m�me erreur. Impr�visible, le bilan global de la bataille fut surprenant.
Avec toute l'armada des Fran�ais, les pertes parmi les combattants �taient de l'ordre de 1300 personnes dont beaucoup de femmes et d'enfants, alors que l'ennemi avait perdu 3500 militaires dont 10 officiers.
Confort� par les �crits des g�n�raux et officiers fran�ais ayant assist� � cette bataille, et fort d'un hommage que lui a rendu feu SM Mohammed V, apr�s l'ind�pendance du pays, Assou Oubslam entra dans les annales de l'histoire marocaine contemporaine.
Par Mustapha Elouizi