Aoufous,09/03/10- Rien de plus fantastique que cette histoire du saint Sidi Bentalha, situ� non loin d'Aoufous (40 km d'Errachidia). C'est un Saint � deux tombes voisines. Sa d�pouille est certes enterr�e � Oulad Chaker, mais son mausol�e, lui, se situe � Oulad Issa, localit� ayant abrit�, tout au long du week-end, son Moussem traditionnel.
L'histoire dit que les deux tribus se sont longtemps disput�es le droit d'enterrer chez eux ce Saint homme. Les Oulad Chaker et les Oulad Issa entraient ainsi dans une interminable gu�guerre. La r�currence du vol nocturne de sa d�pouille pour l'enterrer ici et l�, n'�tait pas du go�t des sages deux c�t�s.
En voulant s'approprier le privil�ge de voir ce troubadour "source de vertus", enterr� sous son sol, chacune des deux tribus entendait, bien �videmment, profiter de ses bienfaits et b�n�ficier d'une port�e symbolique, signe du r�le capital des wali et des zaou�as dans la vie du Maroc de la fin 19�me et d�but du 20� si�cle.
Il fallait ainsi trouver un terrain d'entente pour d�partager les deux fr�res-ennemis. L'un des sages des deux tribus aurait pr�tendu avoir vu dans son r�ve Sidi Bentalha qui lui a recommand� de l'enterrer � Oulad Chaker, mais son mausol�e qui devrait accueillir les offrandes et ziaras le jour du mawlid du proph�te devrait �tre mis en place � Oulad Issa, lieu actuel du Moussem annuel.
Quatre "Taifas" f�tent le wali, en l'occurrence les Jilalyines, les Ben Abdsadek, les Issaoua et la taifa de Moulay Abdellah Charif. Si chacun y va d'une tradition particuli�re, elles se rendent toutes, � tour de r�le, au mausol�e le jour de l'Aid. La visite ne doit pas d�passer une demi-heure.
Le m�me jour, tous les adeptes et simples visiteurs mangent du couscous � l'entr�e du mausol�e. Pendant le Moussem qui n'est c�l�br� qu'en septi�me jour du Mawlid, les disciples des quatre rites, venant de tous les coins du Tafilalet, pr�sentent leurs b�b�s n�s durant l'ann�e en cours pour les baptiser membres de l'une des taifas.
Chacune de ces taifas garde son ind�pendance et ses propres traditions. Les diff�rences sont ainsi manifestes aux niveaux des �tendards, couleurs, rythmes et chants.
Si les Ben Abdesadek et Moulay Abdellah Charif se contentent de psalmodier de Dikr et Madih, avec des mouvements corporels au rythme lent et un rare recours aux tamtams pour les seconds, les Jilalyines et Issaoua, quant � eux, recourent � des tambours et des hautbois traditionnels (ghaita), pour cr�er un rythme �lev� incitant les adeptes � la Hadra jusqu'au rituel de transe.
Devanc�s par des hommes portant des �tendards de diff�rentes couleurs, les deux derni�res taifas qui attirent un grand public traversent toutes les petites ruelles d'Oulad Issa. Une fois devant le mausol�e, le rythme s'acc�l�re d'un cran. La tradition veut qu'on ne s'arr�te qu'apr�s avoir satisfait les Mlouks de toutes les personnes en transe.
Le signal est clair, il faut que la personne s'�croule ou c�de d'elle-m�me.
Outre son caract�re spirituel, le Moussem est une opportunit� socio-�conomique. Si les uns profitent des produits et marchandises de tous genres, d'autres y trouvent une occasion pour rencontrer d'anciennes connaissances venant d'autres douars et parfois d'autres villes. Au Moussem, l'on trouve �galement de curieux visiteurs venus parfois en touristes assister aux festivit�s du Moussem et ses myst�res rituels, mais aussi savourer la simplicit� de la vie dans cette luxuriante palmeraie situ�e dans la vall�e du Ziz.
Par: Mustapha Elouizi