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Ouverture ce soir de la 9e édition du Festival Gnaoua d'Essaouira : Ce fascinant brassage des musiques de la planète…
Publié Le 20 / 06 / 2006 à 22:00 | Dans Art & Culture | 1243 Lectures | E-mail Article | Imprimer Article

    C'est ce jeudi, à 17 heures, que s'ouvrira à Essaouira, dans une ambiance conviviale et populaire, la 9e édition du Festival Gnaoua, musiques du monde. Edition originale, c'est le cas de le dire parce qu'elle se caractérise par une richesse exceptionnelle en termes de programmes, de styles et de fusions.

L'édition 2006, autant l'affirmer d'entrée de jeu, est à la fois une continuité et une rénovation. Elle est cependant totalement différente, tant la mise en place à la fois des concerts, des groupes, disons des spectacles obéit à une volonté des organisateurs d'offrir aux mélomanes et aux fidèles des séquences où l'allégresse et l'enchantement s'accompagnent de la découverte et de l'exploration initiatique.

Car, à Essaouira, on est constamment en découverte, l'œil rivé sur des groupes de world music, de jazz, et surtout sur les 22 grands mâalems qui ont donné ses lettres de noblesse à l'irrésistible musique gnaouie, et qui seront relayés par leurs fils nombreux, véritables continuateurs d'une tradition universelle désormais ancrée dans le subconscient.

L'exceptionnalité de l'édition 2006 tient d'abord au choix judicieux et riche des musiciens et artistes, soit quelque 300 talents représentant les courants et les genres divers, au fait aussi que le grand jazz, en provenance de l'Amérique qui en est le berceau, constituera l'une des plus fortes séquences du festival, qu'ensuite celui-ci sera marqué par une fusion exceptionnelle de tous les musiciens et des genres : le Pakistan avec l'ensemble qawali Mehr et Sher Ali, l'Afrique avec le joueur du koro guinéen Ba Cissoko et le Balafon de Ali Keita l'Ivoirien, l'Afrique encore avec Yéyé Kanté du Mali, le Brésil avec Zé Luis Nasciento et Tito Robin, l'Italie ou l'Europe avec le quatuor de Stefano Di Battista… On n'oubliera pas non plus le groupe Pat Metheny, le guitariste Corey Harris qui fera la synthèse des genres.

Sur fond d'une émotion qui ne cesse de s'amplifier et d'enchanter les foules, le brassage musical est devenu une clé, une véritable voie d'accès à la plénitude et, au-delà, à cet universalisme transcendantal dont le Festival d'Essaouira est chaque année porteur et dépositaire.

La clôture de cette édition réunira comme à l'accoutumée une foule nombreuse, à coup sûr, parce que Rachid Taha, celui par qui le métissage musical et culturel s'est renforcé, figure emblématique du groupe «Carte de séjour», incarnation de cette Algérie qui nous est proche, donnera le ton d'un festival où émerge une conscience de partage, d'unité et de fraternité. Véritable apothéose de l'inventivité et du rythme, voix de stentor qui portera au-delà des remparts. Jamais, peut-être, le concept de métissage n'aura autant et dignement mérité son nom qu'à Essaouira où la musique, déployée à grands vents, joue le rôle de vecteur et de fédérateur.

La revue « Vibration», dans son numéro de juin 2006 souligne que «plus que n'importe quel autre rendez-vous estampillé» «rencontre culturelle, le festival se fait entremetteur et met en vis-à-vis la tradition musicale gnaoua et les porteurs de l'étendard multicolore des musiques occidentales.

La confrérie marocaine sera bel et bien représentée et ses rites musicaux, tout autant initiatiques et thérapeutiques, seront distillés par des virtuoses qui se tiennent à l'intersection des influences africaines et arabo-berbères…». Pour sa part « Les Inrockuptibles», revue culte des mélomanes s'il en est, ne tarit pas d'éloges sur la dimension d'un festival qui «est depuis huit ans un lieu de fête mais aussi un des rares espaces de rencontres qui soit à la hauteur d'une évolution tendant à la découverte d'expressions musicales toujours plus nombreuses et inédites comme à leur inscription sur le plan universel.

Il y a enfin la dimension mystique et rituelle qui, bien qu'elle se soit un peu effacée derrière la réalité spectaculaire de l'événement, n'en demeure pas moins présente et constitue une denrée recherchée en ces temps orphelins de toute transcendance…».

De tels témoignages, livrés par des plumes de professionnels, attestent d'une évidence : le Festival d'Essaouira atteint la dimension universelle, il devient le rassemblement d'une culture et d'un lieu d'une spiritualité nouvelle, celle qui inspire et guide les nouvelles générations en quête de sublime et porteuses d'idéaux comme la solidarité et le partage.

Pat Metheny, virtuose de la guitare de renommée mondiale, n'avait pas de mots assez forts pour exprimer son émotion : «A Essaouira, dit-il, je viens partager, je viens apprendre et je viens pour dire mon humilité, le respect que m'inspirent le patrimoine et la richesse de la culture gnaouie…». Il n'est pas meilleur hommage à nos mâalems que la parole spontanée d'un musicien sincère, se refusant à toute grandiloquence et qui dit simplement son admiration pour eux, dit son attachement à un patrimoine incarné par une ville aujourd'hui hissée, à force, au rang d'une cité athénienne ! Sans eux, bien sûr, le Festival d'Essaouira n'aurait pas sa raison d'être et sans celui-ci, les mâalems seraient demeurés confinés à un art à la limite de la confidentialité et de l'élitisme.

Les organisateurs, dont notamment l'Association Essaouira–Mogador, la province avec à sa tête le gouverneur, le Conseil de la ville, l'Agence A3 Communication, la société civile, les opérateurs économiques et les fidèles partenaires en sponsoring y mettent chaque fois du leur, dans un mouvement de mobilisation où la complicité est efficace, où le souci essentiel est surtout de relever le challenge d'une édition à l'autre. Pari tenu parce que de l'une à l'autre, le Festival franchit des étapes et affermit son succès populaire.

Parce qu'aussi cette année, le répertoire de la musique et de la magie pour ainsi dire est renouvelé tout en reposant sur le socle gnaoui, parce que l'émotion –à la mesure d'un programme dense et diversifié– sera encore plus forte et plus amplifiée…
 
 
Hassan Alaoui | LE MATIN