zizvalley errachidia
Tel était autrefois le collège Sijilmassa par Moulay Larbi RAJI
Publié Le 26 / 03 / 2013 à 21:56 | Dans Divers | 2581 Lectures | E-mail Article | Imprimer Article
Octobre 1957 - La ville de Ksar-ès-Souk, rebaptisée Errachidia depuis, était dominée par une sorte de citadelle, formant avec les salles de classe qui lui sont attenantes, l’unique collège de la province.
Composé d’un rez-de-chaussée et de deux étages abritant l’un le réfectoire, l’autre l’internat, ce bâtiment énorme, émergeant au dessus d’un terrain légèrement incliné, confine au collège proprement dit. Ce dernier jouxte lui-même l’école primaire, dressée au bord de la route principale menant dans une direction vers Goulmima, et à l’opposé vers Erfoud via le pont de l’Oued Ziz.
Le collège qu’une rue sépare de la caserne militaire est comme pris dans un étau : entre les habitations du corps enseignant d’une part et, de l’autre, les terrains de sports attenants à l’école primaire.
Ressemblant à un bloc de forme cubique, le collège vu de loin renvoyait à l’observateur sa silhouette trapue. Pourvu d’une double rangée de fenêtres, d’une extrémité à l’autre, ce bâtiment s’élève tout ocre dans le ciel bleu, et surplombe du côté sud, les cantonnements occupés par l’armée, et plus à l’ouest, la palmeraie étalée d’un trait comme une vaste tâche, d’une monotone couleur d’un vert sombre.
Derrière le collège, et contiguës aux casernes militaires, d’innombrables parcelles de terres cultivées ou en jachère, s’étalaient sous le regard du vieux château d’eau privé de son orgueil d’antan; ce réservoir devenu inutile, toujours monté sur ses quatre poteaux fêlés, est laissé à l’abandon depuis son remplacement par un autre beaucoup plus massif, d’une proéminence titanesque, afin de répondre aux besoins d’une population qui ne cesse de croître.
Edifié sur le flanc d’une butte, cet établissement expose toujours sa façade arrière aux vents de sable venant du sud qui n’arrêtent pas de la tourmenter, après avoir été chargés de sable fin venant des plateaux au teint ambré des alentours. Ces étendues où rien ne pousse, se prolongent jusqu’à l’horizon, pour aller se fondre dans la palmeraie de M’Daghra.
Quant à la façade antérieure, si imposante, elle fait face à la ville aux toits en terrasse, éternellement déserts. Ce qui caractérise cette vaste agglomération, également ocre, ce sont ses maisons basses, aux murs bâtis pour la plus part en pisé, mais souvent enduits de mortier. Cette cité à l’air endormi est séparée en deux parties manifestement disproportionnées par une très longue artère. A l’est : le quartier de Oued-Lahmar, un faubourg peu peuplé et sans grâce. Et un peu plus à gauche, le centre ville, limitrophe au Ksar de Targua. Seule la rue commerçante, débouchant sur la grande place, est très animée en fin de journée.
Des fenêtres du dortoir ouvrant sur cette grosse bourgade, les élèves se mettaient à leurs heures de solitude à contempler un paysage immuable et illimité. Au premier regard, ils apercevaient tout proches, les terrains de sports, aménagés à deux pas de l’établissement, et entourés d’une petite muraille de protection, surmontée d’une clôture faite de poutrelles superposées horizontalement et agglomérées les unes aux autres.
Séparés par l’immense cour que s’appropriaient les élèves du primaire aux heures de récréation, le collège et l’école primaire s’étendent parallèlement l’un en face de l’autre. Leur jonction se fait par le vaste hall qui domine la cour. Ce large espace ne connaissait ses heures de gloire qu’une fois par an, les jours où de bon matin on faisait l’appel des candidats venus des localités éloignées pour passer l’examen du certificat d’études primaires ou le concours d’entrée au collège.
Les cinq salles formant le collège avaient été construites, alignées le long d’un long couloir conduisant à la salle des professeurs, aux cabinets, puis au local du préposé à l’administration, et enfin au bureau du chef de l’établissement. Ce département est situé dans le palier dominant du haut de cinq marches l’espace réservé non aux élèves du collège comme on devait s’y attendre, mais à ceux de l’école primaire !
Ainsi, le bureau du directeur donnait sur la cour du Primaire, toute dénudée et sans arbres. Il n’y avait de végétation que quelques fouillis de plantes au bas du perron sans rampe, conduisant au bureau du chef de l’établissement secondaire. Ces buissons qui étaient entretenus par un jardinier qu’on ne voyait jamais, fleurissaient tardivement et fournissaient quelques roses de mai. On avait dû ramener ces plants du Dadès, une petite vallée réputée pour ses belles fleurs. Au printemps, ces roses égayaient le voisinage du perron qui concourait à rendre agréable l’entrée officielle du bâtiment abritant l’administration du collège.
L’école primaire était adossée comme par alliance au collège. Pour faire exception à la séparation organique entre les deux établissements, la salle de bibliothèque qui était réservée exclusivement aux élèves du collège, se trouvait de façon inconvenante dans l’aile réservée aux classes du primaire. Ce qui semblait à mon sens un paradoxe géographique.
Les élèves du secondaire ne fréquentaient que rarement la « cour des petits ». Ils étaient tenus de se cantonner dans le réduit qui leur était réservé, situé du côté des cuisines, au pied du grand bâtiment contenant le dortoir ainsi que le réfectoire et leurs dépendances. Lorsqu’ils étaient amenés à feuilleter un livre ou un cahier, les collégiens se retiraient sous les grands eucalyptus qui délimitaient la cour constituant leur domaine réservé.
De ma fenêtre du dortoir, je laissais voltiger mon âme dans l’air et promenais mon regard sur la ville. Je scrutais les rues qui proliféraient entrecoupées entre elles, suivant une rigueur géométrique mettant en relief des maisons toutes semblables par leurs toitures plates et nacrées. Au milieu de cette toile gigantesque, se détachait dans le ciel bleu, l’unique minaret de la ville, surplombant la mosquée attenante à un terrain abandonné. Dans ce lieu vague, des enfants de piètre allure s’adonnaient à leur jeu de billes quand ils sortaient de la médersa, qui du reste n’existe plus de nos jours.



Au fond du tableau, apparait le château d’eau de construction récente. Il émerge du sol de façon choquante par ses dimensions disproportionnées et sa couleur d’un ocre mate. A la regarder, cette grosse tour remplie d’eau apparaît comme une colonne monumentale qui se détache du reste pour écraser par sa forme cylindrique et volumineuse le monticule sur lequel avaient été creusés en bordure des nappes phréatiques de l’Oued Ziz, les puits qui assurent, sans tarir, l’alimentation en eau potable d’une cité de plus en plus assoiffée.
Par le passé, un fond de verdure apparaissait à la périphérie de la ville. Il était accessible par des sentiers solitaires qui débouchaient sur des parcelles plantées de palmiers et d’oliviers. Lorsque ces carrés n’étaient pas couverts de luzerne, leur physionomie brunâtre rappelait qu’ils étaient laissés en jachère. Cette ceinture de verdure a fait maintenant l’objet d’un lotissement viabilisé où s’est érigée en quelques années une ville dans la ville, supplantant champs de luzerne, oliviers et palmiers dattiers.
A l’horizon, apparaissent les derniers confins du Haut Atlas, dressés au loin, sans qu’ils servent de rempart contre la violence des aquilons venant du nord, ni contre les sables que charrient les vents arides du désert.

par Moulay Larbi RAJI

Commentaires article
Commentaire N°1 Posté par : el kasrsouki med Le 27 / 03 / 2013 à 16:54 Adresse IP: 196.206.72.186
merci infiniment Mr my larbi vous m'avez vecu dans un temps Passé inoubliable.il ne reste de tous ça que quelqu
es petites traces Merci
Commentaire N°2 Posté par : Mhamdi Le 27 / 03 / 2013 à 22:04 Adresse IP: 196.206.183.170
merci mille fois, vous avez bien réussi à nous débarquer sur une période d'un passé en or.
mais malheureusement
Errachidia pardon Ksaer souk a perdu son rayonnement, la ville est devenue un camp militaire ni moins ni plus.

Commentaire N°3 Posté par : Hsain Le 28 / 03 / 2013 à 20:30 Adresse IP: 41.141.136.94
M. RAJI : J'ai beaucoup aimé votre texte. Vous avez évoqué les années antérieures du Lycée Sijilmassa. Vous m’avez permis de voyager dans le passé ; et certainement à beaucoup d’autres compagnons d’études. Cette époque reculée est maintenant éteinte. Mais vous avez su l’enluminer grâce aux descriptions remémorant les images pleines de charme de notre collège! Merci beaucoup.
Commentaire N°4 Posté par : RASSAM M'HAMED Le 29 / 03 / 2013 à 14:00 Adresse IP: 41.142.222.10
Après salutations d'usage aux lectrices et lecteurs de cette fidèle description du collège de Sililmassa d'antan réalisée par Mr My Larbi Raji , permettez-moi de combler ce dernier d'éloges et de remerciements.
Etant parmi les anciens élèves de Sijilmassa durant les années 1961-1962-1963 , je remecie infiniment My Larbi de m'avoir fait revivre une très belle tranche je ne dis pas de ma vie scolaire mais de toute ma vie.
En effet, My Larbi a bien pu captiver l'esprit de tout lecteur et voltiger avec lui puis voler vers les hauts cieux des archives d'une très belle époque et ce, grace à un style professionnel irisé d'un langage simple et sain.
Encore une énième fois félicitation !!!

RASSAM M'HAMED
ERFOUD
Commentaire N°5 Posté par : Lahcen FASKA Le 05 / 04 / 2013 à 15:12 Adresse IP: 196.206.44.36
Degré zéro de la description ! Quelle mouche a piqué M RAJI-dont j'aimerais tant (re)faire connaissance- pour qu'il se mette soudain à décrire, sans aucune touche littéraire, des lieux qui se tiennent encore debout ? C'est dommage car ces années-là étaient riches en émotions. Tenez, le vieux château d'eau, par exemple, pour nous, c'était le bout du monde. Quand on pense qu'aujourd'hui, il est question d'étendre la ville jusqu'au mont Afrdou!J'ai déjà un nom pour le quartier : MONTAFRDOU. Comme qui dirait MONTPARNASSE ou MONTREAL...D'ici là, salut M RAJI ! Nostalgiquement

vôtre!
Commentaire N°6 Posté par : my larbi raji Le 07 / 04 / 2013 à 11:45 Adresse IP: 41.141.69.141
M. le webmaster,
Je vous serais obligé de transmettre mes vifs remerciements aux lectrices et aux lecteurs de «Zizvalley», qui se sont donnés le temps de lire les pages imprégnées de souvenirs nostalgiques sur le collège Sijilmassa, tel qu’il était autrefois.
Les impressions agréables et les témoignages d’estime rapportés dans la rubrique des commentaires par quelques-uns des lecteurs, m’ont fait plaisir. Que chacun d’eux trouvera ici l’expression de ma reconnaissance.
Commentaire N°7 Posté par : Moussaoui Mustapha Le 07 / 04 / 2013 à 12:40 Adresse IP: 41.137.23.72
Texte très fort en style et en images, il décrit aux minimes détails et recompose, l'image de l'époque, mais surtout les sentiments complexes qu'elle évoque, ça ma rappelé notre intolérance maladive face au passé, au patrimoine et notre propre identité, le tout ravagé par un"urbanisme" vandale.
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