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Les Trinidadiens jubilent, les Argentins régalent
Publié Le 10 / 06 / 2006 à 22:00 | Dans Sport | 1243 Lectures | E-mail Article | Imprimer Article

LE FILM DE LA JOURNEE - Enterrés par nombre d'observateurs avant même le coup d'envoi de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006, les Trinidadiens ont rappelé ce samedi soir qu'il faudrait compter sur eux. Accrocheurs en diables, déterminés, opiniâtres, les Caribéens ont semé leur joie de vivre au cœur de l'Europe. Leur nul 0-0 contre la Suède a offert à l'Angleterre la tête du Groupe B, conséquence de sa victoire 1-0 sur le Paraguay en début de journée. Les doubles champions du monde argentins ont démontré leur pedigree en disposant de la Côte d’Ivoire sur le score de 2-1.

Avec son million et demi d'habitants répartis sur les deux îles, Trinidad et Tobago est le plus petit pays à participer à une Coupe du Monde de la FIFA. Certes, pour les Trinidadiens, le succès sportif n'a rien de nouveau, mais il a toujours été associé à un sport plus confidentiel : le cricket. En football, ils ont toujours été considérés comme des faire-valoir, du moins jusqu'à aujourd'hui. Car la deuxième journée d'Allemagne 2006 restera marquée à jamais par leur exploit.

Si les insulaires ont réussi leur entrée en matière, c'est surtout parce que leurs adversaires suédois se sont systématiquement ratés dans le dernier geste. Privés de leur défenseur Avery John dès la 46ème minute de jeu, pour un second carton jaune, et de leur gardien Kelvin Jack, blessé pendant l'échauffement, les Caribéens ne partaient pas avec les faveurs des pronostics. A 37 ans, le portier remplaçant, Shaka Hislop, n'est certes pas un inconnu dans la planète football, mais il ne comptait évidemment aucune présence en Coupe du Monde de la FIFA.

Avant la rencontre, Hislop avait raconté comment, il y a 25 ans, quand il retrouvait ses copains pour aller taper dans le ballon dans les parcs de Trinidad et Tobago, ils avaient l'habitude de se surnommer Zico, Socrates ou encore Maradona. A l'époque, tous rêvaient de vivre des instants aussi émouvants que ceux qu'il a connus ce samedi soir. Clin d'œil du destin, il a pu vivre ce jour de gloire du football trinidadien en compagnie de deux amis d'enfance : Dwight Yorke et Russell Latapy. Le premier a même été élu ‘Homme du match’, récompense logique de la performance éblouissante qu'il a livrée dans l'entrejeu. L'ancien buteur de Manchester United a oublié son instinct de prédateur et s'est reconverti dans un rôle d'aboyeur, devenant une muraille infranchissable et un exemple pour tous ses coéquipiers.

L'instant du jour
Trinidad et Tobago a bien failli empocher les trois points. A la 59ème minute, dans une position très excentrée, Glen Cornell a décoché une frappe violente qui s'est écrasée sur la barre.

Bien aidée par Hislop, qui s'est interposé devant toutes les tentatives de Zlatan Ibrahimovic et Henrik Larsson, la formation de Leo Beenhakker a tenu bon. Au coup de sifflet final, les milliers de Suédois grimés aux couleurs de leur pays bloquaient encore sur le tableau d'affichage, complètement sonnés.

Ainsi donc, jusqu'à ce que l'Argentine et la Côte d'Ivoire pénètrent dans le Stade de la Coupe du Monde de la FIFA de Hambourg, ce samedi n'avait engendré aucun but digne de ce nom. Quel contraste par rapport à une journée inaugurale bénie des cieux ! Hier, le public avait pu déguster deux somptueuses frappes longue distance lors du succès 4-2 des locaux sur les Costaricains et une prestation pleine d'assurance de l'Equateur face à la Pologne.

Alors que l'on ne jouait que depuis trois minutes, l'Angleterre a assuré les trois points quand Carlos Gamarra a eu le malheur de marquer contre son camp. En essayant de repousser un coup-franc brossé de David Beckham, l'expérimenté capitaine albirrojo a trompé son gardien Justo Villar. Malchanceux, ce dernier s'est blessé sur une sortie apparemment anodine devant Michael Owen. C'est la mort dans l'âme qu'il a été contraint de laisser sa place.

Malgré une entame on ne peut plus réussie, l'Angleterre n'a été tranquille qu'une fois la rencontre terminée, les Paraguayens ayant passé la surmultipliée sur la fin. Ce match laissera par ailleurs un sentiment d'inachevé en raison de la sortie d'Owen à la 56ème. L'attaquant de Newcastle n'aurait sûrement pas été contre le fait de jouer 90 minutes, histoire de retrouver au plus vite le rythme de la compétition. Mais seul le résultat compte. Ainsi, Sven-Goran Eriksson n'a certes pas résolu tous ses problèmes, mais son équipe s'est installée en tête du Groupe B, une situation qu'accepteraient volontiers les Suédois ce soir.

Passons maintenant à l'Argentine et à la démonstration de Juan Román Riquelme.

L'homme du jour
Le maestro Juan Román Riquelme a été à l'origine des deux buts argentins.

A la 38ème minute, les Albicelestes avaient déjà marqué autant de buts que sur leurs trois matches de groupe à Corée/Japon 2002, une compétition marquée par la désillusion que l'on sait. Pourtant, avant que l'opportuniste Hernán Crespo n'ouvre le score, les Argentins avait toutes les raisons de craindre une issue tout aussi tragique que leurs prédécesseurs à Italie 1990, contre les Camerounais. Rappelez-vous, il y a seize ans, les Lions indomptables avaient très vite fait descendre les champions du monde 1986 de leur nuage.
Avant le coup d'envoi, la Côte d’Ivoire avait été cataloguée comme le néophyte susceptible de créer le plus gros impact sur les quatre semaines de compétition. A juste titre sûrement. Car quand on regarde la composition du groupe africain, on remarque que les finalistes de la CAN égyptienne comptent dans leurs rangs des acteurs majeurs de la Premier League anglaise et d'autres grands championnats européens. Lors de cette première sortie, les Eléphants n'ont trompé personne sur la marchandise, proposant un mélange d'enthousiasme et de qualité athlétique très déstabilisant pour l'arrière-garde argentine.

Comme par hasard, chaque fois que Riquelme a actionné sa baguette magique, l'Argentine a fait la différence. Sur coup-franc, l'ancien Barcelonais a d'abord envoyé une flèche envenimée dans le cœur de la défense ivoirienne, permettant à Crespo de profiter du cafouillage pour doubler son nombre de buts inscrits dans l'épreuve suprême.

Le but du jour
Javier Saviola : Argentine 2-0 – Cinq minutes avant la mi-temps, Javier Saviola a porté le score à 2-0, détalant dans un timing parfait pour mettre à profit une ouverture lumineuse de Riquelme. Aussi persévérante qu'appliquée, la Côte d’Ivoire a, jusqu'au bout, fait l'effort de construire ses actions. Elle a été récompensée de son opiniâtreté par un but bien construit de… Didier Drogba, bien entendu. Cela n'a tout de même pas suffi face à une Argentine qui rejoint ainsi l'Angleterre et l'Allemagne dans le club des favoris ayant bien négocié leur entrée en lice.

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