zizvalley errachidia
projection du Film « LE VENT NOUS EMPORTERA » à la Maison des jeunes Boutalamine
Publié Le 07 / 10 / 2006 à 22:00 | Dans Art & Culture | 1118 Lectures | E-mail Article | Imprimer Article
          Dans le cadre des journées du cinéma iranien organisées par Le centre Tarik ibn zyad et l'Association Al kabas de cinéma et de culture du 06 au 08 octobre 2006. Les intéressés du cinéma auront un rendez vous aujourd’hui (08 octobre) à 21 h à la Maison des jeunes Boutalamine avec le film iranien « LE VENT NOUS EMPORTERA ».

NB: à la fin de la projection les organisateurs animeront une discussion sur les trois films projetés.

Fiche du film:

LE VENT NOUS EMPORTERA
France/Iran [1999]

Réalisateur: Abbas Kiarostami
Scénario: Abbas Kiarostami
Interprètes: Behzad Dourani

Prix Fipresci de la Critique Internationale
Grand Prix du Jury
Venise 1999

Sortie 24 novembre 1999

Jaune vie

 

Un opportuniste, «ingénieur», ou autre, est au volant de son véhicule et sillonne les routes qui le mèneront dans un petit village, isolé de la civilisation, bâtit dans les hauteurs d'une butte, et même d'une montagne. De petites maisons entassées les unes sur les autres, comme si tout autour des villageois, l'espace en venait qu'à manquer. Pourtant, un vaste champ les enveloppes, les engloutit par son horizon, par le jaune de sa végétation. Le vide se dresse comme frontière et les condamne au regroupement, à l'entassement. Ainsi peuvent-ils se sentir et se palper les uns les autres, sans savoir où ils sont, sans connaître l'existence de ses sentiers qui mènent nul part. L'automobiliste se concentre sur sa route déserte, trimballant derrière lui des associés plutôt anonymes et discrets. Nous sentons ici LE GOÛT DE LA CERISE et ces plans de voitures qui servent à caractériser le paysage, à offrir un point de vue dominant et constamment en changement. Il fixe avec attention l'inconnu devant lui et attend que la destination finale se présente à lui. Lorsqu'il sera, quelques temps plus tard, en contact avec ces gens simples et accueillants, il se transformera. Un tout petit peu, de façon très lente, graduelle, dans la mesure où un être humain peut changer. Mais pour l'instant, il s'exaspère à ne pas trouver cet endroit où le temps semble s'arrêter. Il s'impatiente à trouver la simplicité. Il rogne devant l'absence de sérénité.

 

Un gamin se dresse devant la route. Ça y est, enfin. Est-elle morte, cette vieille dame? Sinon, quand le sera-elle?

 

L'opportuniste ou «l'ingénieur» se doit de grimper quelques falaises escarpées pour atteindre son mortuaire objectif. Arrivé au sommet, il comprendra à peine où il se trouve et comment toute cette histoire se terminera. Dans le meilleur scénario, elle s'éteindra le plus tôt possible. Dans le pire des cas, elle y tardera. Comment peut-elle ne pas mourir avec tous ces symptômes? Il escalade la rocailleuse montée, s'arrête un moment et ne fixe que le sol, que le haut, sans se retourner et contempler l'absence qui aurait pu se présenter à lui.

 

Le temps passe, effrite et condamne. Il permet l'évolution, le développement, l'apprentissage, l'éducation, la recherche de la paix et de la plénitude. Il permet la contemplation d'une nature puissante et rudement belle, grandiose et flamboyante.

 

Une femme, petite amie d'un homme dans un trou, trait une vache à la noirceur. On lui raconte un poème, on lui fredonne des vers, on dépasse la simple traite, on y superpose une beauté littéraire. Chaque pression sur la pie est une ponctuation, une musique de fond et d'ambiance. Une glorification des mots. L'opportuniste ne pourra jamais contempler le visage de cette femme à qui il a révélé tant de beauté, tant de vie. L'espace d'un instant, elle le verra s'éloigner, pour ne plus jamais revenir.

 

Le temps permet la guérison, le rétablissement. Il permet de frôler les limites, là où la non-existence établit ses barrières. Il permet d'aller y jeter un coup d'oeil, de sentir le néant tout proche, l'obscurité de ne plus sentir. Mais il permet aussi de replonger les yeux grand ouvert vers le soleil, la lumière. D'être envahit par le jaune, le bleu, le violet, le rouge... Il permet la régénération, la renaissance, la perpétuation de la vie, l'accomplissement de se savoir vivre.

 

L'opportuniste se penche vers le sol, gratte le sable et découvre un assemblage de poussière prouvant par sa forme, qu'un homme, ici, a déjà existé: un ossement. Un espace temps plus tard, «l'ingénieur» saura. Connaîtra enfin le sens de toute cette comédie. Cessez donc mes amis, regardez, le temps coule. Le vent nous emporte.

 

Jonathan Harmon

source: 
cadrage.net
sitartmag.com/vent.htm