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projection du Film "Ten" à la Maison des jeunes Boutalamine
Publié Le 06 / 10 / 2006 à 22:00 | Dans Art & Culture | 1467 Lectures | E-mail Article | Imprimer Article

    Dans le cadre des journées  du cinéma iranien organisées par Le centre Tarik ibn zyad et l'Association Al kabas de cinéma et de culture du 06 au 08 octobre 2006. Les intéressés du cinéma auront un rendez vous aujourd’hui à 21 h à la Maison des jeunes Boutalamine avec le film iranien « TEN ».

fiche technique du film

FESTIVAL DE CANNES 2002
Sélection officielle

TEN

d'Abbas Kiarostami








SYNOPSIS : Dix séquences de la vie émotionnelle de six femmes et les défis qu'elles rencontrent dans une étape particulière de leur vie, qui pourraient aussi bien être dix séquences de la vie émotionnelle d'une seule et unique femme...

POINT DE VUE

Dix séquences, un huis clos, une voiture. Une femme au volant qui prend des passagères. Et, d'abord, ce que Ten n'est pas : un portrait de " la femme iranienne " de nos jours en plans fixes, plusieurs volets ou voyages. Mais plutôt la tentative de sonder qui se cache derrière le regard et les lunettes d'une femme : au cours de Ten, nulle réponse mais un amas de questions intrigantes, déclinaison dune énigme (le visage d'une femme devenant icône). Une attention particulière qui se traduit par l'écoute dune voix érotisée, flux caressants dont on saisit moins les propos énonçant des vérités, qu'on écoute, fasciné, les basses langoureuses qui émanent d'une bouche surnaturelle.

Ten est d'abord l'histoire de cette voix féminine, l'écoute dun corps politique comme forme de raccord et point de ralliement de voix nationales. Ten préfère le débat, la parole active au soubresaut, à la révolte commune. Immersion dans le réel en marche avant, le film érige la conversation ou le récit oral comme autant de routes à emprunter, les corps étant configurés dans un espace restreint (une place assise), leur parole scandée par deux caméras qui les surveillent autant quelles les enregistrent. Ici, la parole verse dans la fronde, la colère, pure logorrhée et joute verbale qui déstabilise l'harmonie du cadre (on coupe la parole mais s'attarde sur le corps) et l'alchimie des couleurs (le blanc incandescent, le bleu nuit des extérieurs). Toujours, le discours du film et de la femme prônent l'échange et ouvre d'autres récits et fenêtres entrouvertes sur le réel.

 

 

 

Le réel, maître mot du corpus iranien qui écume salles et festivals, Kiarostami le scénarise autant qu'il le provoque. Ten s'apparente à un dispositif étanche qui modernise l'idée de cinéma d'André Bazin, en ne cessant de déborder du cadre. La projection du film a lieu jusque sur les murs de la salle ; prolongement du réel dans le son, le trafic alentour : les lignes fermes de la voiture cachent par transparence (procédé et trucage que détourne Ten) les lignes de fuite du réel hors-champ. De la fin du Goût de la cerise à Ten, l'emprise sur le réel de Kiarostami diminue à mesure que se creuse la part d'humanité inouïe qui gît derrière l'image DV, propre et chaude. L'urgence de la parole, le jeu d'allusions entre champ et hors-champ, la croyance en une réalité scénarisée se doublent dune intensité émotive par rayons, faisceaux lumineux, respirations du cinéaste, grains vidéo épousant grains de peaux comme un adoucissant. Un tour de force souverain, proche d'une expérience hypnotique que parachève un subtil effet de bascule final : la main de la conductrice traverse la ligne, le split-screen qui la séparait de son amie, et lui caresse le visage. Ce qui bouleverse provient d'une libération, ce sera le premier et seul contact de Ten et le seul accord, acquis dans le silence. Se produit une fracture de l'image et de la parole, mais l'espoir perdure, décisif : si la ligne qui séparait les deux femmes se brise soudainement, elle libère néanmoins la passagère (qui se découvre) et les apaise (elle réunit les corps).

 

Par Gilles LYON-CAEN
source:
http://www.objectif-cinema.com